Contexte
« La représentation commune des vampires veut qu'il s'agisse de créatures immortelles, dotées d'une forme surhumaine, d'une vitesse accrue, et aussi d'une cruauté sans bornes. On en a fait d'impitoyables suceurs de sang, se jetant sur leurs victimes humaines et leur déchiquetant le cou avec leurs canines pointues et tranchantes. Oui, dans notre monde, c'est ainsi que nous nous représentons les vampires. Mais ne pourrions-nous envisager que, dans un autre monde, les vampires puissent être si faibles qu'ils seraient contrôlés par des humains ? Impossible, me direz-vous. Pourtant, je vous suggère de vous pencher de plus près sur le cas de ce que nous appelons la Quatrième Terre... »
L'alternativiste cessa un instant son discours pour scruter les visages. La réunion était secrète ; seuls quelques dirigeants de pays peu influents, une demi-dizaine de scientifiques triés sur le volet et deux théoriciens de l'alternativité y assistaient. Le lieu n'avait pas été choisi au hasard : le bunker, construit sur une île perdue en plein Pacifique, était inviolable et suffisamment confortable pour accueillir tout le monde ; il n'y avait pas de risques d'espionnage. Ni de fuites, car chacun savait que s'il sortait un mot de trop, il se ferait descendre par un tireur d'élite tôt ou tard. Les visages donc, autour de la table, étaient graves. Le sujet avait certes l'air banal : on parlait de vampires. Ridicule, me direz-vous, ça n'existe pas. Eux aussi le pensaient. Mais cela, c'était avant la découverte du quatrième monde parallèle.
« En Quatrième Terre, continua l'alternativiste, nous avons découvert des créatures que les humains appelaient sous ce nom, et qui disposaient des caractéristiques évoquées à l'instant. Mais ces suceurs de sang-là sont soumis aux humains. C'est un cas que mon collègue et moi avons choisi d'examiner. Car en effet, comment pouvaient-ils se laisser faire s'ils étaient si forts ?
- Nous avions deux théories, ajouta l'autre alternativiste. Soit leurs faiblesses étaient trop importantes, soit les humains disposaient d'une arme contre eux.
- Nous avons donc envoyé un espion par le biais de la machine expérimentale conçue par Aleshey. Celui-ci s'est mêlé à la population de la Quatrième Terre. La réponse de notre espion a été formelle : leurs caractéristiques s'étaient grandement affaiblies au cours des derniers siècles. Certes, ils restent plus forts, plus robustes et plus rapides que les humains. Mais de très peu. Ils ne sont pas immortels: ils disposent d'une grande longévité, environ 200 ans, ensuite ils deviennent fous, et leurs semblables sont obligés de les abattre. Ils ne supportent bien sûr pas la lumière du soleil, mais une trop forte luminosité peut aussi les brûler. Sans compter qu’apparemment, ils ne sont plus très nombreux. Notre espion indique que les rapports gouvernementaux estiment leur population à environ 10% des Terriens, ce qui est relativement peu, semble-t-il, car à leur genèse ce pourcentage approchait plutôt les 50%. La plupart d'entre eux ne peuvent pas hypnotiser leurs proies. Il semblerait qu'ils disposent tous d'un don unique en dehors de ces caractéristiques communes, mais un don erratique, qui s'affaiblit au cours des générations. Bref, c'est une population sur le déclin.
- Mais l'intervention humaine a aussi beaucoup joué, compléta son collègue. Bien sûr, la perte progressive de leurs capacités les rend plus vulnérables. Cependant, notre espion parle de ce que l'on appelle là-bas l'Arme, avec un grand a. Celle-ci est en vente libre pour tous les humains. Apparemment, elle ne peut faire de mal qu'aux vampires. Cela expliquerait notamment le fait que ceux-ci ne peuvent désormais plus s'attaquer aux humains, et qu'ils dépendent d'eux pour se nourrir. L'Arme ressemble à un revolver classique, mais de couleur blanche. Beaucoup la possèdent. Elle est sans doute la clé de la domination humaine, même si nous ne savons pas comment elle a été créée et comment elle fonctionne.
- Nous vous suggérons, termina le premier, d'envoyer des personnes de confiance sur cette planète. De les faire s'intégrer à la population. Et de les faire découvrir le mystère des vampires. »



